Espiritu del Santo

La traversee de Vila jusqu a Santo aura dure 4 jours . Un agreable cabotage le long de l ile de Malekula , dechargeant tantot du fret , tantot des passagers, ou bien encore acheter du kava , dans le but de le revendre a l arrivee a Santo . Operation predite fructueuse , qui s averera etre un veritable fiasco financier , sur lequel je ne m etenderais pas ici maintenant , au vue de la longue aventure que j ai la a vous raconter .

Je me trouve au marche de Luganville , la petite capitale du pays , principale bourgade d’ El Sipiritu del santo , la plus grande ile de l archipel , celle qui pretend a devenir , un jour , le centre economique du pays.
C est Queiros qui la baptisa ainsi en y abordant en 1606 , pensant avoir decouvert le grand continent Austral , cense , d apres les croyances contemporaines a l epoque , faire contrepois aux terres de l hemisphere nord …..
Je suis donc au marche , a la recherche d un quelconque transport pour m ammener au village de Tassiriki , d’ou je compte commencer un periple a pied d une 10 aine de jours , qui m amenera de villages en villages au coeur de la brousse vanuataise , dans les endroits ou vivent des communautes des plus isolees du monde .
Je demande alors , a qui veut bien rendre mes sourires adresses , s il connait quelqu un succeptible d aller par la bas et de m y transporter par la meme occasion .
C est ainsi que j en vint a croiser le brillant regard de Rose , a qui la meme question je pose ; qui sans me consulter s impose ; dans l aventure que je propose ; et sans vouloir cette prose ; ne trouve rien qu s y oppose .
Curieuse des raisons qu me poussent a rejoindre Tassiriki , elle me questionne sur mes intentions , que je lui deballe sans detail , alors simplement elle me dit qu elle veut venir avec moi . Je lui fais part des difficultes presumees et de l indetermination de mes ambitions . J ajoute qu en aucun cas , malgre le plaisir certain d’ une telle compagnie dans cette hasardeuse odyssee , je ne paierais rien de plus que le cout expecte pour moi seul . Sans poser plus de questions , elle rempli un sac plastique de quelques affaires , empruntees a une amie , qui n habite pas loin.
Elle ne se demande pas ce qu elle va manger ou elle va dormir et n a pas du tout conscience de l eventuelle galere dans la quelle elle se lance ….
Meme si la raison me pousse a rester mefiant , je suis sous le charme de cette aptitude libertaire qui consiste a ne absolu pas penser a demain et a se jeter dans n importe quelle aventure les yeux fermes.
Alors ensemble nous nous mettons en quete du vehicule que nous ne trouverons que le crepuscule venu .
Le chauffeur demande 1000 vatu chacun , Rose dans son Bichlamar natal negocie le prix jusqu a 500 pour 2….
Je realise avec ravissement que sa presence va beaucoups m aider .
Les marchandises que nous sommes devenus partageons l espace de la benne d un 4+4 avec 7 autres comme nous et tout un tas de produits plus ou moins confortables. Rose et moi avons la chance d etre tasses sur un enorme sac de riz , notre voisin , est assis sur des marteaux et a une tondeuse sur les genoux,son ami sur un carton de clous qui se detruit au fur et a mesure des 2 heures de pistes que nous cahutons .
Tres vite les chaudes couleurs du soleil couchant qui illumine les versant des montagnes plongeant a pic dans le plus grand ocean du monde , laissent place a une chape d etoile qui s ouvre a l infini , aussi loin que l horizon ne nous en laisse la permisson . Si bien que le bercement brutal de notre vaisseau , alors devenu spatial , me rempli d une euphorie aussi douce et legere que l atmosphere qui regne a bord . De temps a autre le regard de Rose croise le mien , je me demande alors bien , ce qui a ce moment puisse eclaire le sien .
Il fait nuit et deja tard lorsque nous arrivons au village , nous n avons ni mange ni ne savons ou dormir . Nous interrogeons nos compagnons de cahutage . A mon heureuse surprise , nous indquent la “guest house “ . Je ne pensais vraiment pas en trouver une ici.

Rose demanda le prix , apres avoir mentionne a la gerante de l etablissement ses liens de parente avec des gens du village , ce qui nous vaudra une sacree reduction , nous ne paierons alors que 300 vatu pour la nuit .
La guest house , l ecole et l eglise sont les seuls batiments du village fait de briques et de ciment .
Il y a 3 chambres cote a cote , qu une grande salle faisant office de cuisine , parce qu equipee d un rechaud a gaz , ont comme entree commune .
L endroit sert a acceuillir les visiteurs dont la plupart viennent pour une misson precise , rarement un touriste n y avait passe la nuit .
Une semaine avant notre arrivee , y avait ete accueilli les pasteurs des villages voisins venus pour un seminaire .
Mes limites dans la comprehension du Bichlamar ne me permettent alors pas de comprendre les conditions de l accord etabli .
C est donc etonne que je vois la gerante preparer pour nous la seulle chambre qui comporte un grand lit double. Je jette alors un regard interrogateur a Rose , elle me repond levant son pouce ,ses yeux m interogeant a leur tour , un leger hochement de tete accompagne le mouvement , dans sa direction , de mes mains , les paumes vers le haut lui faisant comprendre que ce sera comme elle voudra .
Ce soir nous nous contenterons de manger 2 paquets de noodles au poulet qui trainaient dans le fond de mon sac , en compagnie de quelques villageois , qui curieux de mes intentions , sont venus a l interrogation . J en profite alors pour tenter de recueillir un maximum d informations sur la topographie , les temps de trajet entre les villages , et les possibles difficultes que nous pourrions rencontrees . Des amis d Eric , le capitaine de Musique , m ont deja pas mal renseigne , mais je comptais sur les precisions des autochtones . Je serais decu de m apercevoir qu ils connaissent tres mal le terrain de ma prochaine aventure . J expose la seulle carte en ma possession , a savoir celle du petit guide distribue gratuitement a tous les visiteurs .
Je la pense completement fausse , malheuresement , ce que j apprend ce soir le confirme .
Lorsque je demande aux gens presents : combien de temps il faut pour rejoindre tel ou tel village a pied , on me repond .
“ you can’t , you have to take a boat “
Je retorque ;
“ I can , meme si je dois marcher plusieurs jours , c est d ailleurs ce que je vais faire “
A ces mots , je sens Rose qui tressailli , je lui redis alors clairement quels sont mes projets et qu elle n est absolument pas obligee de venir . Elle me repond qu elle viendra …
Je reprend alors mes questons .
“combien d heures faut il pour rejoindre le prochain village ?”
“ 3h ; 4h ; 1 heure est capable de me repondre une seulle personne en une seulle phrase .
Je comprendrais alors qu il est vain de tenter de demander ce genre d information a des gens pour qui la notion du temps n a pas vraiment de sens . Le soleil se leve le matin , se couche le soir; le lendemain ca recommence …. voila tout .
De plus , dans ces contrees pacifiques il n est pas l habitude de repondre “je ne sais pas” a une question posee , on prefere carrement vous repondre n importe quoi. ….
Je suis tente de laisser tomber ma quete d’ nformations , mais au cours de ce periple , comme dans toute randonnee , j aurais besoin d une estimation de temps de trajet, aussi vague soit elle , entre 2 point de dodo possibles , pour etre sur ne pas avoir dormir au milieu de la jungle humide et moustiqueuse. Alors sans carte valable il me vaut mieux des approximations abracadabrantesques que rien du tout .
Je me dis que quand on me repond 1 ou 2 heures , c est juste plus court que quand on m en indique 6 ou 7 . Sinon parfois j utilise la technique suivante . Je demande d abord a la personne que j interroge , combien de temps il faut pour aller a l endroit d ou je viens , ensuite lui demande combien de temps pour aller a l endroit ou je vais . Si par exemple la reponse est identique je sais que je suis plus ou moins a mi-chemin….
Bien souvent je pose la question par amusement tellement les reponses sont extravagantes .
Par exemple on me dit:
“ si tu pars a 7h tu arrives a 16 h . “
“et si je pars a 10h? “ sarcastiquement je demande ,
“ pareil “
N ayant l heure que sur mon telephone qui est souvent eteint , je ne la connais jamais precisement et me repere d apres la course du soleil. Alors que je croisais un villageois equipe d une montre , ce qui est tres rare , je lui demandais l heure ; avant de l interroger sur la duree estimee pour marcher jusqu au prochain village. Il me repond alors :
“ Tu t en moques de toute facon tu n as pas l’ heure! “
Traverser ce genre d endroit aide a palper l artificialite du temps mecanique indispensable a nos esprits occidentaux , mais bien superflu par ici . Ce qui je pense est en partie une des raison de l incomprehension permanente de nos 2 cultures .
Bref , apres la soiree passee a engranger un max d infos contradictoires , j arrive a conclure que la distance entre tel village et celui la est le double qu entre celui ci et celui la . Je note ces infos sur la carte en notant 1 pour la premiere distance que je vais parcourir , elle me servira ensuite de repere et d echelle une fois effectuee .
Je ne suis neamoins pas trop inquiet , tant le nombre de villages sur la route semblent etre relativement important et , en effet , je m apercevrais vite que de ce cote , il n y a pas lieu de s inquieter .
IL est tard et largement temps de dormir , mais aussitot glisses sous la moustiquaire , Rose me montre , d une facon pertinente , qu elle a d autres plans pour le reste de la soiree.
Je pense : etrange situation ; je pense : la foi religieuse qui abritait ces murs il y a peu encore souffle un drole d air ; je pense au repos dont nous avons besoin pour endurer les dures futures journees , je pense ; je pense a tout ca et a d autres choses encore , j y pense , j y pense….
….et puis je m en fous ….
Les premieres lumieres passent a travers les defauts d etancheite du toit de tole quand quelqu un frappe faiblement a la porte de l auberge. Une fillette ,qui a depuis peu l age de marcher , nous apporte 2 petites baguettes de pain fraichement tiedes …Premiere attention d hospitalite spontanee , de celle qu ’emeuverait n importe quelle placidite .
Nous degustons ce petit pain delicieusement sucre au leger gout de fumee en regardant se reveillait le village d un si lent tempo .
L auberge est situee juste en face du jardin d enfant , qui se remplit des ses hotes au fur et a mesure que j organise mon sac a dos et que nous effacons les traces de notre passage .
Tout comme dans la nature , je fais toujours en sorte de n en laisser aucune chez les gens qui m hebergent .
Tous nos nouveaux petits voisins ont les yeux rives sur mes moindres faits et gestes . D’ abord intimides , voire carrement effrayes , certains prennent plus de temps a rejoindre le groupe qui nous observe de pres .
Riant aux eclats a chacune de mes paroles ,soient elles en Francais , en Anglais en Bishlamar . Apres quelques minutes de ce manege , nous somme pret a decoller .
Nous devons juste trouver quelqu un pour nous montrer le debut du chemin. Ce devra etre le cas a chaque village traverse , tant le nombre de sentiers allant vers les jardins est important . Une fois parti , l une des difficulte de la randonnee sera de discerner le bon chemin , de ceux menant aux jardins ou de ceux traces par les animaux .
Quand nous expliquons aux gens notre projet de parcourir la cote ouest a pied , ils ne comprennent pas et veulent absolument nous faire monter dans un bateau .
Alors que nous demandons simplement a un jeune type de nous montrer le depart du chemin , il nous explique que notre projet est impossible . Je lui dis que si , il me dit que non . L histoire dure un bon quart d heure au bout duquel je le crois vaincu et qu il va nous montrer la route. ….incredules nous le suivons …pour qu il nous amenent jusqu a…….. son bateau …..
Sans un mot , seulement dans un grand soupir bruyant je lui tourne les talons…. et je me casse laissant lachement Rose s en depatouiller . Puis nous croisons un vieux , vetu d un simple calico (sorte de tissu decoupe en culotte courte lie a la taille par une tresse de pandanus) je me dis que lui doit connaitre le chemin…
Seulement il ne parle bien sur ni Francais ni Anglais , mais ce qui me surprend est qu il ne connait pas le Bichlamar non plus….il ne parle que le dialecte local , idiome du village , connu d une petite 100aine de personnes seulement.
Impossible de donner un age a un tel ancetre , peut etre tres vieux , mais surement pas tant que ca . Ses cheveux blancs , jaunis par la fumee du feu de la cuisine qu il respire quasiment en permanence a l interieur de sa maison , ont la meme couleur que ses yeux caches derriere un leger voile de mucus. L elasticite de la peau de ses membres nus , semble peiner a retenir la viscosite de ses vestiges musculaires , qui n ont plus aucune vigueur .
D apres les signes et les exclamations qu il profere , nous comprenons que la droiture de mon corps qui porte ce gros sac lui paraissant si lourd , l impressionne . Le son de ma voix l etonne et meme , l effraie un peu .
Rose parvient a lui faire comprendre notre destination , il nous montre l embarcadere , je lui montre mes pieds , ils nous montrent la route .

En a peine 1 heure nous gagnons un merveilleux petit hameau perche sur une falaise .Il domine la mer qui le nourrit .
Un groupe de femmes , en compagnie de bebes souriants , sont assisses au pied d un manguier geant , nous bavardons quelques instant , je leur demande si elles auraient des fruits a vendre . L une d entre elle se leve et part en direction d une maison , elle en revient chargee d un regime de banane qu elle me tend . Je lui demande le prix , elle rigole , je lui donne du materiel de peche , elle rigole , je salue en remerciant , elles rigolent . Voila comment se passeront la plupart de nos passages dans les villages .
Meme si le terrain de cette marche ne sera pas toujours facile , le fait de ne devoir porter aucune nourriture et peu d eau , allegeant ainsi grandement le poids du sac , rendra l aventure tres accessible.
Au cours des 7 jours que necessiterons ce trek nous boirons l eau des rivieres et des cocos , mangerons les fruits fraichement ceuillis sur la route , accepterons les dons des gens croises et dormirons la ou ou l on voudra bien de nous. Cette premiere rencontre , ainsi que le petit pain du matin confirment les chances de reussite de cette expedition qui s annonce bien … ca sent bon la rose !
Mais comme tout chef d oeuvre doit avoir ses touches d imperfection , notre idylle n y fera pas exception.
La premiere pointe son nez des le prochan village , celui de Tovo Tovo.
Ici un mariage se prepare , chaleureusement accueullis par le groupe que nous rencontrons. Ils ne veulent plus que nous partions , nous insistons et apres des adieux interminables , alors que nous nous connaissons depuis 30 minutes , nous arrivons a demarrer. Mais l un d entre eux , nous suit pretextant que sans lui nous allons nous perdre . Il nous accompagne , nous precedant , sans manquer de nous montrer tous les petits sentiers qu d apres lui nous auraient perdu au coeur de la jungle sauvage ….Je lui dis qu en aucun cas je ne me serais trompe a de tels endroits et qu il ne doit pas hesiter a rentrer si il le desire car nous n avons pas besoin de lui , mais il pretend que sa presence est essentielle . Apres une petite heure il decide que c est assez , maintenant grace a lui nous sommes sauves ….
C est 1000 Vatu…..
Evidemment je refuse sechement de lui donner sans meme prendre le temps de m arreter pour lui dire au revoir tellement je hais ce genre de marchand de tapis.
Il s enerve et nous maudit .
Je m arrete , pose mon sac , lui dit qu il n est qu un menteur , un charlatan , une honte pour la belle communaute qu il represente…. il me repond , surpris mais effronte , qu il est un missionnaire de dieu , qu il ne peut par consequent pas mentir .
Dans les yeux je le regarde puis d un ton appuye
“ tu mens , je le sais ; tu le sais , ET TOUT LE MONDE LE SAIT !!Terminais en je en levant lourdement les yeux au ciel “
A ces dernieres paroles , je vis la peur envahir les siens , il se confondis instantanement en excuses et fis de demi tour en me lancant un
“-dieu te benisse”
_je ne veux surtout pas que le dieu auquel tu crois ne me benisse “
Et il partit bousculant presque Rose qui trainait un peu derriere , qui dut se demandais alors bien les raisons de sa fuite soudaine , mais sans prononcer mot , continua simplement son chemin.
Nous ne traverserons plus de village avant tard dans l apres midi. Nous y demandons l hospitalite pour la nuit ,requete expressement acceptee mais nous devrons cependant attendre le retour du chef , car la coutume veut que nous restions dans sa maison et mangions la cuisine de sa famille . En attendant on nous propose un bain dans la riviere toute proche .
Quant nous rentrons , Tamata le chef , est de retour sa femme et ses filles , averties de notre presence sont deja a la popote .
Je distribue aux gens presents de grands sacs plastiques , des hamecons ,des bougies , du fil , de la corde ….et propose au chef d acheter pour 500 Vatu de kava et de le boire ensemble avec les gens de son choix .Il me serre la main entre les 2 siennes . Ravi .
Ici le kava c est sacre , les gens adorent ca , un peu comme l apero dans nos contrees franchouillardes . Mais ils n ont pas forcement les pieces pour s en procurer toujours .
Il va lui meme le chercher chez une famille qui en produit a quelques pas . Ensuite , dans l obscurite quasi complete de la piece unique de sa maison fate de bambous et natandura , eclairee par une faible lampe solaire et la lueur du petit brasier qui sert a la cuisine , il se met a decouper les precieuses racines en menus morceaux , apres quoi il faut les passer au broyeur a manivelle , desfois il est mache , parfois encore , ecrase a la pierre .
Une fois broye il est melamge a une certane quantite d eau qui sera ensuite filtree pluseurs fois au travers d un linge….le kava est pret.
Servie souvent dans des demi noix de coco appelee alors : “selle” , dont la quantite doit etre bue d une traite .
Je ne crache jamais en buvant le kava . Mas la plupart des gens le font sans arret pendant des heures apres son ingurgitation , le chef et ses convives ne font pas exception , sans cesse alors ils postillonent bruyament sur le sol en terre nue de la chambre/salon/cusine/poulailler dans laquelle nous nous trouvons , qui est sa maison a lui ,sa femme et ses 3 enfants .On laisse passer quelques minutes entre chaque selles pendant lesquels on mange les ignames que sa femme a eplucher et fait bouillir sur le feu au milieu de la piece .. Apres quelques selles et quelques ignames , je tombe de sommeil sur l un des 3 lits que comptent la piece .Le lit est une planche surelevee de 30 centimetres par des pieds , le tout en bambous est recouvert d une grande moustiquaire . Je dormirais d un lourd sommeil jusqu au matin . Reveille par le chant de la basse cour et de tous les animaux qui animent l aurore villageoise cochons , chiens , chats …..et enfants qui jouent bruyament dehors .
Toute la famille est deja pleinement active : sur le feu les tarots que nous emmenerons sont deja en train de cuire , la femme et les filles parties au champs depuis longtemps deja . Tamata attend a l exterieur que Rose et moi daignons sortir de notre lourd sommeil kavatesque .
Juste le temps de le saluer , d enfiler les fringues humides de marche , laves la veille dans la riviere , que nous nous remettons en route pour une autre journee de marche qui s’averera etre longue……tres longue .
Nous commencons a zigzaguer le long d une riviere meandrante a travers la brousse , offrant de superbes trous bleus a chaque virage qu elle dessinne dans le paysage . Nous buvons son eau fraiche a grande lampee presque chaque fois que nous la traversons . Puis commence l ascension , d abord lente et progressive , la pente devient vite tres raide demandant a nos corps inhabitues des efforts , pour ma part oublies , qui pour Rose ne connaissait . Elle peine , elle sue mas ne se plaint pas et avance d un pas bien que lent , regulier . Apres 2 heures de cette penible ascension , j arrive a une superbe cocoteraie , ou je decide d attendre la petite retardataire . J attends …. j attends ….elle ne vient pas , mon impatience legendaire me fais tres vite l appeler en sermonant la cause de mon irritation , lui intimant l ordre de bien vouloir faire l effort de se depecher . Apres de longues minutes elle apparait , dans ses bras…..un corrossol qu elle a pris le temps de cueillir , la peine de transporter , alors que j ai fonce devant sans meme l apercevoir …..
Nous nous en repaiscons sur le champs . Mon dieu que c est bon .
J adore l idee de marcher et se nourir de se que nous trouvons sur la route …. Coco , corrsossol , pomme kanak , pamplemousse et orange sont les snacks reguliers que nous nous offrons .
Alors que nous pensons etre bientot au sommet de notre effort il nous faudra encore en fournir de bien grands avant d y arriver . Mais en haut la recompense sera grande . Je ne sais pas a quelle altitude precise nous nous trouvons mais j ai bien l mpression que nous avons gravi au moins 1000 metres + …. L herbe est si verte que j ai parfois des flash back de mes lointaines contrees alpines . Des souvenirs viennent et se bousculent , mon esprit s evade des soufffrances de mon corps pour revivre de grands moments de nostalgie d une epoque passee . Si bien que je ne m apercois pas qu un petit groupe d enfant s est forme a ma traine .
Nous sommes arrives dans l ecole . Une Ecole primaire accueillant la 30 aine d enfants du bled . Les instituteurs John et Alice nous y accueillent . C est justement la pause dejeuner , naturellement , ils nous invitent a partager le repas qu Alice est en train de preparer .
Alice et Rose iront manger dans la cuisine enfumee , tandis que John et moi mangerons “en terrasse “ sur les bancs de l ecole .
Dans la culture melanesienne les hommes et les femmes ne mangent pas ensemble .
Les roles sont d ailleur bien distinct . Les femmes s occupent des enfants , de la maison , des invites du jardin , de la cuisine , des marches ; les hommes ,eux , de la construction et du reste ( j ai toujours pas tres bien compris quoi d ailleurs ??)
Bref nous partageons un plat de tarots et de papayes cuits dans le lait de coco . Le violet des tarots , l orange eclatant des papayes et le blanc franc du lait donnent a l assiette une classe que bien des chefs envieraient et le gout va pas mal non plus .
Avec john nous parlons de notre parcours , echangeons quelques banalites mais tres vite il en arrive a la religion .
Lui vient des les iles Salomons , ici en mission Divine il desire me voir devenir chretien avant la fin du repas … ce qui m’ irrite un peu . Alors quand il me dit que dieu est partout , meme dans le tarot que j avale goulument , je fis mine de recracher de peur d avaler Dieu…
Imagine la loose , glups !!plus de Dieu…
Ma blague douteuse ne le fais pas rire du tout et avec toute la politesse qui incombe a la situation , il me fait comprendre qu il vaudrait mieux partir avant que le soleil ne se couche … Bien qu a ce moment , l astre pour moi divin , soit a son zenith ….
Son amertume n ira pas jusqu a nous laisser partir sans nous indiquer le chemin et nous benir …Dieu puisse nous pardonner ….
Un peu fache quand meme , Dieu effacera le sentier , et cet apres midi meme , nous perdrons sa trace. Nous tournerons en rond pendant un long moment , utiliserons la force d etre 2 et des techniques de sious pour nous retrouver .
Rose voulait foncer a la melanesienne . La methode dite du “yallah” qui consiste a aller dans le tas dans la direction voulue et se frayer un chemin dans la jungle a grand coup de sabre d abatti .Ca pourrait marcher dans une zone restreinte , ici ce serait une mission suicide. Je l en persuade difficilement , lui indiquant que dans plusieurs milliers de kilometres carres de foret dense et ultra vallonnes , on pourrait passer des mois avant d arriver quelquepart …et sans vouloir paraitre presse ……ca m arrange pas
Elle se resigne a ma decision a utiliser les techniques de scouts .
De toute facon elle n argue jamais , elle est une femme ,moi un homme , j ai raison ….point !!!
Bref , on arrive quand meme a retouver un chemin qui semble tres bon et qui s averera l etre . Alors une longue penible et surtout tres glissante descente nous attend . Elle amene jusqu au lit d une large riviere . On a plus qu a la suivre jusqu a son embouchure ou devrait se trouver le village qui , nous esperons , nous accueuillera pour la nuit. On fait alors la grave erreur de nous croire arriver . Nous prenons un bain et lezardons au soleil . Seulement l embouchure est loin , tres loin .
A chaque virage de la riviere , quand nous esperons apercevoir Saoriki , nous ne voyons que l horizon vallone dans lequel se perd le serpent d eau que nous suivons peniblement . Nous devons a plusieurs reprises , en raisons des rapides , monter haut dans la berge nous frayer un chemin grotesque dans la brousse ….
C est dur il fait chaud … Rose se plie mais ne rompt pas .
Il fait nuit quand nous arrivons au village . Epuises , je ne suis meme pas capable de prononcer un mot dans aucune langue , comprendre encore moins . Rose se charge de notre introducton aupres du petit groupe assis pres d un feu que nous rejoignons . Les femmes et les filles sont occupees a tresser des fibres vegetales , pour en faire soit des nattes ,des sacs ou des paniers , m expliquera Rose .
Elle leur dit juste :
“Bonsoir nous venons de Sanmaleu a pied . Pouvons nous rester pour la nuit ? Nous repartirons demain matin “
“ streit” (pas de probleme) , nous fimes repondu sans aucun air de surprise . Instantanement , 2 bouts de chou nous apportent 2 petits tabourets et peu apres , 2 assiettes fumantes pleines d ignames nous arrivent quasiment , leur delicieuse fumee brusquement interrompue par un esclandre qui , au sein de la famlle que nous venons de deranger , eclata brutalement . …Je n y comprends rien. Rose m explique que la vieille se fache car elle considere que lon ne peut pas servir une assiette sans viande a un blanc , alors elle veut faire reouvrir le magasin pour acheter une boite de sardine ou de corned beef …
je reve de devorer un ours cru ….
“___No meat I gud
___non non pas de viande .” m ecriais-je alors , gene par le scandale provoque par ma brusque presence pataude .
L igname , j aime pas ca , j essaie d en manger a chaque fois qu on m en sert mais je n y arrive pas. Meme ce soir affame , je me fais violence pour en avaler le plus possible en vue de la recuperaton dont j ai besoin pour encaisser cette dure et belle journee , puis etre capable d enchainer demain. Tout en mangeant , j ecoute comme une radio lontaine les conversations alentours , mais le peu d attention que je suis capable de focaliser , l est sur un manege pittoresque qu offrent un chat et un petit cochon . Le felin se contorsionnant de maniere envoutante entre les jambons du roti vivant , qui se demande ce que lui veut bien cette chose grise et bizarre .
La scene drole et cocasse me fait etrangement penser a la serie “friends” , sans doute car je ressens le meme sentiment de detente et d amusement que lorsque je laissais mon esprit divague devant l ecran de tele.
Dans une cabane , une natte de pandanus dressee a notre attention a meme le sol en terre , nous atttends . Je pars m y effondrer des que mon quota d ingurgitation d igname est depasse non sans avoir baragouiner toutes les formules de politesse connues dans la langue du coin .
Bref j ai dit merci quoi .
Le temps de laisser mon dos prendre la forme des cailloux qui constituent mon matelas que je me sens sombrer dans des abysses rarement explorees . Rose m y rejoins …. apparement beaucoups moins fatiguee que moi .
Reveille en pleine forme , je fais ma distributon de petits cadeaux , fait le plein de biscuits au magasin du coin et en distribue aux gamins avant de reprendre le chemin .
Pour les prochains jours ce sera plage et sentier cotier , nous nous rejouissons a l idee de ne plus crapahuter la montagne pour quelques jours .
C est le 3 eme toujours le plus dur . Et nous sommes epuises . Tous 2 ne serions pas faches de faire aujour d hui une courte etape .
Nous marchons au plus pres de l eau , la ou le sable noir qui est en fait de la pierre volcanique desintegree est le plus dur , ce qui facilite grandement la marche .
Le rytme est tranquille et agreable , berces par le doux roulis des vagues nous progressons bien . Ce genre de randonnee est propice a la reflexion et la meditation , je laisse donc mon esprit divaguer comme bon lui semble . La journee est merveilleuse,l air est doux et sec , je savoure a pleine goulee la liberte dont nous jouissons . Rose et moi n echangeons que tres peu de parole durant les journees de marche .
Elle ne comprend pas mes questions ,y repond a cote de la plaque et n en pose aucune . Mais nous sommes bien ensemble , la simplicite de notre ephemere felicite n engendre que peu le besoin de communiquer .
Lorsque je veux m arreter un peu ,elle pose simplement son sac , s assoit sans un mot . Des fois nous echangeons une parole ou deux, mais souvent meme pas , nous regardons l immense beaute de ce que nous traversons , quand je rassemble mes affaires pour repartir ,alors elle se leve et emboite mon pas , en silence toujours . J aime le mystere qui plane sur cette symbyose improvisee , ce respect mutuel si sur , cette forte confiance innee . Rose , il ya 3 jours seulement , a debarquee si impromptement , mais j ai pourtant deja l etrange impression qu elle est un prolongement de mon esprit .
Je n en apprendrais que peu a son sujet au cours de ces jours . Ce que j appris va certainement vous choquer , me donnant l occasion d expliquer ici un pan important de la culture melanesienne
Rose est une enfant donnee .
Dans la coutume de cette culture si complexe , les terres se donnent de pere en fils , plus souvent de grand pere en petit fils et parfaois d oncle a neveu . A une terre correspond un nom que l on donne au futur destinataire de cette parcelle . C est pourquoi un garcon porte toujours le nom d un des ses aieux en vue de la succession .
Donc une famille a besoin d un nombre precis d heritier , qui doit correspondre au nombre de parcelles a leguer . Quand une famlle a trop de garcons elle peut en donner a une famille qui en manque , si une famille a beaucoups de filles elle peut aussi en donner a une famille en besoin .
Rose a ete donnee a l un des freres de son pere , qui avait besoin de filles pour tenir le magasin qu il gere.
Vous pouvez juger ca imptoyable , choquant , barbare , arriere …..whatever….
C est comme ca et parfaitement accepte dans cette societe .
J irais plus avant dans l explicaton en tentant de preciser la place ici de l enfant .
Dans nos societe occidentales l enfant a une grande valeur ,on imagine mal par exemple , des parents se remettrent de la perte d un de leur rejeton , par contre perdre un aieul , bien que difficile est quelque chose que nous sommes prepares a accepter ….
Ici , c est exactement l inverse.
Un enfant est un etre cher mais , qui n a pas d histoire , pas de connaissances , un arbre sans feuille en quelque sorte .
Un vieux fait partie du patrimoine et sa perte est celebree pendant 100 jours apres sa mort .
Un jeune enfant est considere comme un arbrisseau facile a deterrer pour mieux replanter ailleurs , ou les feuilles qu il produira sauront mieux profiter .
A 29 ans Rose etait en visite chez ses geniteurs pour la premiere fois, pourtant c est avec moi qu elle passera une bonne partie de ce temps imparti.
Elle m a suivi sur un coup de tete et na pas de telephone . Ne sait pas quand elle va rentrer.
Elle s est simplement jetee , dans une intuition inspiree , entre les lignes de la vie , qu elle sait etre les seulles a suivre .
C est beau …a nos esprits formates . Il faudrait des annees des reeducation avant de realiser une telle prouesse . Rose , elle l a fait le plus naturellement du monde .
Le bruit d un rouleau qui s eclate violemment me sort de cette reverie pour , sur cette plage ou mes pas deroulent seuls , me transportait .
Le rocher plonge a pic , pas moyen de l escalader ni de le contourner , il va donc falloir passer par la mer . Heureusement c est maree basse .
Je met mon sac dans un grand sac poubelle et en donne un a rose pour qu elle y glisse son sac plastique . A l aide de ficelle nous les lions de facon a rendre le tout etanche avant de nous lancer a l eau. D abord perpendiculaire a la plage afin de nous eloigner assez des rochers pour etre surs de ne pas nous faire fracasser contre eux ….
Ce qui serait dommage par une si belle journee . Puis on avance parallele a la cote , la gardant a une 20aine de metre tout en tirant nos sacs qui flottent derriere nous . L operation dure une 10 aine de minutes avant que nous puissions regagner la plage . Ce matin la nous devrons repeter ce manege a 2 reprises .
Midi n a pas du sonner quand nous arrivons au village de Wusi , ou nous demandons l hospitalite qui nous sera accordee sans l ombre d une hesitation. C est le medecin du village qui nous accueuillera dans sa maison.
On n arretera pas de manger de tout l apres midi . Bananes , manioque , ignames , pamplemousses , oranges . Je mange , je dors , je mange , je dors ….du repos et de la recup bien necessaire .
Entre 2 siestes , Jose nous fait visiter son dispensaire, qu il est seul a gerer pour une populaton d environ 1000 ames repartie sur une grande zone geographique . Son dispensaire : 4 murs en briques ,un stetoscopes et quelques boites de medicaments…..
En discutant avec lui , je m apercois de la legerete des etudes qu il a faites et me met a douter de ses capacites de medecin telles que je les concois .
De toute facon , ici les gens sont plus enclins a pratiquer la medecine traditionnelle coutumiere , a base de feuilles , de plantes , de cataplasmes et d incantations.
Tous ces petits villages ont en leur centre un terrain de foot et de volley , ou tous les soirs , une fois les travaux du champs termines , les enfants , les hommes et certaines jeunes filles se retrouvent pour quelques heures de jeu. Ce sont des moments magiques dans la vie des villages . Des moments ou le cote tribale familiale est intensement palpable. Tous ces gens ne forment alors qu une meute unie. Les enfants courent , sautent, rient ; les garcons jouent au foot , les filles au volley. Il parait que personne ne joue pour gagner , la simplicite de l amusement a son etat le plus pur , pas de competition , que des gagnants ,que des forts ……
Depuis quand avons nous perdu cette purete fondamentale??
Ces images de dizaines de gens vivant un moment de bonheur collectif intense , dans lequel Rose et moi sommes naturellement convies , avec en toile de fond un soleil plongeant a pic dans l ocean pacifique que dominent ces montagnes de jungles , les maisonnettes de pailles ponctuant ce tableau indefinissable , procurent un bien etre si clair , que l on sent concretement vibrer l aura de simpilcite de cette vie heureuse .
Le soir Jose nous offre du poisson pour diner .La nuit venue je devrais partager sa chambre , Rose celle de sa fille .
Des le lendemain rebelotte , on charge les mules que nous sommes devenues et en piste pour de nouvelles courbatures ….
Etape semblabe a la veille : longue marche meditative sur sable noir , franchissement de falaise et baignade . Lors d une pause , je m assoupis pour me reveiller trouvant Rose jouant sagement aux osselets avec quelques cailloux ramasses , attendant le moment ou je voudrais bien me reveiller.
Sans bouger , je la regarde un long moment pensif en silence , rempli d emotion ; elle ne s est pas apercue que j etais reveille , trop concentree a son jeu auquel elle est d une adresse exceptionelle.
Tout a coup, je suis a genou , saisit les cailloux en forme de bijoux et me mit a faire joujou ….
“___comme c est chouette!!! “ , s ecrait Maitre hibou.

Je ne sais combien de temps nous restons , sur cette plage aux airs de paradis , la a nous lancer des defis , la dans ce silence infini.
Arrives le soir a Elia , s en suit le meme rituel que les jours precedents , sauf qu a l ecoute de notre projet , on nous conseille fortement de partir avec quelqun pour l etape du lendemain qui , nous dit on , est d orientation difficile . On nous presente Marc , qui se propose de nous accompagner
J accepte avec plaisir . En effet le lendemain nous devons traverser une petite chaine de montagne qu nous conduira de l autre cote de la peninsule et l itineraire s avere etre delicat .
Aujour d hui c est dimanche interdiction de travailler et meme ….de s amuser ( je ne sais pourquoi l homme n a de cesse de trouver de quoi faire des taches sur toute chose immaculee)
Nos hotes insistent pour que nous partcipions au grand petit dejeuner . Nous acceptons avec plaisir le festin de crackers et de cafe instantane….

Marc n a pas ete choisi par hasard , c est un adventiste du 7 eme jour…ce qui veut dire que pour lui son Dimanche c est samedi , aujour d hui son lundi , c est pourquoi il peut etre notre accompagnateur….
L etape d aujour d hui est particulierement rude , et puis Rose n a pas l air d avoir envie , je devrais me faire autoritaire pour la faire avancer , lui expliquant maintes fois que nous devons vraiment aller d un bon pas si on ne veut pas avoir a dormir dans la jungle humide .
Heureusement il ne fait pas trop chaud et les moustiques semblent avoir d autre sang a sucer….Ce qui rend la rude acenscion un peu moins penible qu il ne devrait . Cependant il nous faudra de longues heures epuisantes pour franchir ce calvaire glissant .
Meme s il n a pas plus depuis des semaines , l air ambiant est moite , les feuilles des arbres mouillees et le sol detrempe .
Mes 2 acolytes sont en claquettes et moi je porte des crocs en plastique …mais je me promet qu a la prochaine riviere je laverais mes pieds boueux pour enfiler chausettes et chaussures de trails beaucoups plus adaptees a la situation. Pour offrir plus de prise a nos corps qui derapent sans cesse , nous rampons litteralement sur la pente . Je me suis meme surpris a tenter d attraper une racine avec les dents alors que mes ongles et pieds plantes ne suffisaient pas retenir une glissade …l ambiance n est pas a la fete…mais c est souvent le cas lors de rudes ascenscions .
Au sommet de nos efforts nous ne sommes pas au bout de nos peine.En effet , la descente sera d une technicite qui ne nous laissera que peu de repos .
Nous progresserons ainsi toute la journee , ne prenant que de rares et courtes pauses , juste le temps d avaler un fruit ou un bscuit . Nous buvons l eau a meme les rus et rivieres que nous traversons.
Partis au matin nous n arriverons que la nuit tombante a notre prochane etape .
Alors que nous debarquons a l improviste dans l obscurite naissante , nos hotes de ce soir ne semblent en aucun surpris de notre venue.
Georges , sa femme , leur 2 enfants et la grand- mere courbee vivent ici….
Tous les 5 , a 3 heures de rude marche de la prochaine maison , ici au milieu du bush .
Georges a 23 ans , a cause de dispute tribale ou clanique , sa famille et lui ont du s exiler au milieu de leur terre qu ils exploitent pour subvenir a leur besoin.
Ils cultivent taros , igname , manioque , cacao et elevent un peu de betail
Qu on ne se meprenne , pas il ne s agit pas d une grande exploitation mais d une production vivriere , ou l excedent est vendu pour acheter ce que la terre ne peut produire . Tous les villlages precedement visites fonctionnent ainsi , en quasi autharcie…
Les sources de revenus sont le coprah , le cacao les agrumes , la vanille , le betail , les tubercules. Une partie est vendue , mais la majorite est consommee et/ou transformee pour fabriquer l essentiel des choses : les maisons ,les paniers , les sacs .
Les vetements en coton ont remplace depuis peu ceux en materiaux locaux .
Les villages n ont pas l electricite , si ce n est les quelques panneaux solaires qui alimentent une ou 2 ampoules par foyer . Un groupe electrogene par village sert au travaux ou a des besoins particuliers . Les villages cotiers possedent un bateau a moteur et plusieurs pirogues servant a la peche et au transport intervillage .
Pas de reseau telephonique , pas de television , de rares foyers possedent une radio d ou emanent les seulles nouvelles du monde exterieur.
Le systeme est simple et efficace .
Quand on a besoin d argent on cueille des fruits , peche du poisson , recolte du cacao et du coprah …on organise un voyage en bateau jusqu a un village d ou part une route .
De la on organise un transport jusqu a Luganville ou on va vendre le tout au marche. Avec l argent recotle on achete les choses convoites . Ciment , savon , piles , materiel de peche , vetements huiles , riz , farine ….et on fait le trajet inverse . Certains font cette demarche assez souvent , d autres presque jamais …
Pour georges et sa femme c est pareil a 2 differences pres:
1)la mer est a 3 heures de marche ( je vous laisse imaginer )
2)y a du reseau telephonique ..et georges a meme internet sur son smartphone.

Georges a tuer un cochon sauvage qui rodait dans l apres midi
De par sa religion il ne mange pas de porc et d habitude il donne la viande aux chiens , mais cette fois il en decoupe une cuisse que sa femme fera bouillir pour nous au feu de bois , servi avec des bananes cuites au lait de coco . Nous nous repaitrons grassement du meilleur repas du vanuatu du monde de notre vie…
Le lendemain sera notre derniere etape de bush….
Marc repart d ou nous sommes venus la veille je le remercie avec 1000 vatu(10 euros).
La journee s annonce douce et paisible , si ce n est que nous devrons passer l endroit que je redoute le plus de l itineraire…. On va devoir traverser une large riviere a la nage …..
Juste avant ce passage critique nous passons un dernier petit village ou nous nous arretons discuter avec des vieilles . Elle nous invite a nous asseoir , a peine l ordre execute que 2 assiettes de poisson et de riz arrivent sur nos genoux….
il n y a que des vieilles , a l exception de Navina qui est une toute jeune demoiselle , qui du temps ou nous serons la devra courir couvrir toutes les taches demandees .
___Navina apporte des assiettes
___Navina va faire la vaisselle
___Navina va chercher ci , fais ca .
Je crois alors comprendre que nous assistons au debut de son initiaton de “femme”
Ici des qu une fille est capable de porter une assiette , elle perd sa liberte de jeune fillette et devient apprentie femme au foyer…et toutes les taches lui imcombent l oeil critique de ses maitresses ne connait pas la tolerance .
Encore une fois c est dur mas nous ne pouvons remettre en question les fondations d une societe ancestrale…..Ce sera aux femmes , elles memes de se liberer comme elle l ont fait dans beaucoups d autres endroits de la planete .
Aussitot repus , aussitot debout.
Arrives sur les berges de la riviere au niveau de son embouchure , nous decidons de remonter de quelques centaines de metres afin de traverser a un endroit plus etroit et mettre de de la distance entre nous et les requins qui grouillent dans le coin.
L endroit est fameux pour les requins blancs , tigres et bulldog qui ont besoin d eau douce pour elever leur jeune progeniture .
C est ce qu on appelle une nurserie a requin .
Comme pour les passage de falaises sur les plages , nous mettons nos cabas dans de grands sacs poubelles et nous jetons a l eau . Mais nous pouvons quasiment traverser la riviere en marchant . Seul quelques metres de nage seront necessaires . Ce qui me soulage grandement , etant donne que la technique de nage que je pratique le mieux est celle bien connue du “parpaing” , qu s avere etre peu efficace .
Peu apres nous arrivons au village de Matantas d ou arrive la route ….
Notre expediton , apres 7 jours de marche touche alors a sa fin. Le soir je nous offre une nuit et un diner dans un petit gite touristique .
Je demande a Rose quels sont alors ces projets. J avoue a ce moment etre inquiet de savoir si elle compte continuer avec moi , ce qui ne serait pas possible.
Mas sa reponse me soulage quand elle me dit qu elle a une soeur qui habite pas tres loin , sur notre route du lendemain.
En milieu de matinee nous prenons la piste a pied attendant qu un vehicule ne nous rattrape .Quand ce fut fait , nous sautames dans la benne .
Nous regardons paisiblement les paysages defiles quand tout a coup Rose cria l ordre au chauffeur de s arreter. Elle sauta de la benne en me disant que c est ici qu elle descend…..
“Au revoir” me dit elle simplement en tapant son poing contre le mien .
Un peu abasourdi par cette scene , je ne trouve rien a faire , rien a dire …
La voiture redemarre laissant Rose et son sac plastique me saluer une derniere fois de la main .
Salut que je n ai pas la raison d esprit de renvoyer .
Au revoir murmurais-je pour les autes passagers ,
qui etonnes de la situation , n osent rien ajouter a la pesanteur de mes emotions .
Adieu Rose ….

Alors , on en parle ?

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