Broken Hill !

Ça faisait déjà 2 bonnes heures que Jeremy et moi avions cessé de parler, 2 heures de silence agréablement bercées par le ronron monotone et reposant du moteur du camion benne à bord duquel nous traversons un « quedalland » . De temps en temps la CB nous crachait quelque chose dont j’ étais incapable de discerner un traitre mot, d’ ailleurs j’ ai jamais rien compris de ce qui sortait de ce genre de communication, il pourrait bien causer en anglais, français ou ouzbek, je fais jamais la différence.
Ça fait donc 2 heures qu’ on parle plus,  mais en fait on s’ est déjà dit tout ce qu’ il est possible de se dire entre 2 personnes qui n’ ont pas grand chose en commun . Jeremy et moi on a bavardé pendant un long moment avant de sombrer chacun de notre côte dans l’ épanchement pensif que ce genre de situation favorise. Nous sommes dans le creux, vous savez ce moment de silence qui intervient toujours à un moment entre 2 personnes qui font connaissance. En fait ça arrive tout le temps , avec tout le monde, c’ est juste que lorsque qu’ on ne connait pas bien l’ autre, ce silence nous gêne, nous met mal à l’ aise et alors on le comble en parlant de tout et rien, on dit des conneries sans intérêt, on sourit bêtement, on pose des questions stupides , à chacun son stratagème. Les milliers de km parcourus en stop ces dernières années m’ auront appris à bien gérer ce genre de situation, à jouer avec et apprendre beaucoup de mes partenaires de silence. Dans les pays comme l Australie, les trajets sont longs de plusieurs heures on a le temps de passer par là quasi a chaque fois. Les premiers temps de conversation sont bases sur la situation familiale , professionnelle, les projets à court et long termes, la voiture….puis quand le tour de tout ça est fait, c est le moment du blanc, du silence.
Des fois, il dure peu de temps et alors on enchaine sur des sujets plus personnels,  plus incisifs, parfois politiques, souvent spirituels , et on s’ engage dans de grandes conversations que l’ on est déçu d’ interrompre en arrivant à la destination de l’ un ou l’ autre.
D autres fois, le silence ne dure pas, mais aucune accroche n’ est trouvée  entre les 2 ,les conversations meurent en naissant, on se rabat sur des banalités qui nous fatiguent, alors doucement on monte l’ autoradio, se renfonce dans le siège et des fois il m arrive de m’ endormir….et j aime pas ça !!!
Puis d’ autres fois, l’ un ou l’ autre n’ a pas du tout envie de parler, aux présentations respectives suivent des questions aux réponses évasives et le silence gagne la partie…
Et c’ est exactement là ou j’ en suis avec Jérémy… c est donc dans un silence relaxant que le paysage de rien défile.
Pourtant , j ‘aurais bien envie de parler a ce moment. Car juste avant que Jérémy m’ embarque, j ai été contacté par téléphone par William, le manager hôtelier d’ un grand complexe sur la côte ouest pour me proposer un job que je ne pouvais pas refuser, au téléphone il m’ a fait rêver. Bon salaire, conditions de travail extras, logé et nourri gratuitement….dans un endroit perché au bout d( une péninsule directement sur une plage de rêve. Je commence dans 2 semaines…..
Tout excité  à cette idée , j’ ai envie d’ en parler à la terre entière, je m’ étais déjà engagé à travailler dans une station de ski pour un job de rêve également, mais j ai l’ intention d y renoncer, la proposition de William me semble plus intéressante et inédite.
A ce moment,  j’ ai le choix entre rejoindre un chalet dans le sud- est du pays accessible seulement en chasse neige, pour y passer 3 mois et nourrir des skieurs en vacances,
ou alors partir pour le nord- ouest,  gagner les tropiques et rejoindre cette péninsule de cygnet pour y rester 5 mois nourrir de riches chercheurs de perles d huitres.
L’ euphorie du coup de fil de William passée, la décision s’ avèrera difficile à prendre, mais gardons cela pour plus tard.
C’ est donc de ce genre de pensées  que l’ apparition de Broken Hills m’ extirpera. Un halo brumeux d’ abord,  puis des formes se dessinent peu à peu, au bout de la route la cite apparait, mais d’après les dires de Jeremy, elle est encore à plus de 15 km… C’ est le même effet que l’ on peut apercevoir lorsqu’ il fait chaud sur n’ importe quelle route . Mais ici, après presque 400 km de rien tout plat,  pas même un arbre, juste rien , se dresse cette ville de 5000 habitants. Pourquoi ? Comment ? Mais qui vit ici??
Broken Hills sera ma première vraie expérience d’ oasis. Ici, tout d’ un coup,  des parcs à l’ herbe verte, des arbres gigantesques, de la fraicheur qui se dégage des courants d air, de nouveau des oiseaux, plus on s’ avance dans la ville,  plus je vais de surprise en surprise. Des écoles , des pubs, des casinos,  une gare, un gigantesque office de tourisme, des cybercafés, un cinéma ,Mac Do,  ses potes KFC  et Hunggry Jack et leurs  cousins Kebab and Co sont de la partie, des jeunes sapés à la dernière mode, des boites de nuit….
Le tout dans un endroit où aucun être humain ne pourrait survivre plus d’ 1 journée si la technologie n’ apportait pas tout.
Quand Jérémy me dépose devant l’ hôtel le moins cher du coin, je suis encore battu. Je sais que Broken hills est une ville minière d’ importance mondiale et que ses sous- sols fournissent encore aujourd’hui une grande partie du zinc, plomb et argent que l’ industrie utilise,  mais à ce moment je prend pleinement conscience de la force de l’argent, de l’ économie. Ils rendent possible l’ érection, le jaillissement de l’ opulence dans les milieux les plus hostiles et invivables certains paradis terrestres. Tout dépend qui a les cartes dans les mains
Une grande partie de la richesse de ce pays-continent lui vient du sous- sol, alors pourquoi l’ Afrique qui a un sous- sol au moins aussi riche que celui la et une terre en grande partie très fertile, contrairement a l’ Australie qui a un sol très pauvre et difficilement cultivable ;
pourquoi l’ Australie, est -elle si riche, pourquoi l’ Afrique est- elle si pauvre ?
Pourquoi les enfants australiens prennent-ils  l’ avion pour aller à l’ école pendant que leurs “homologues” ougandais ou maliens meurent dans les puits et les mines de Total et Bollore ?
Bien sur,  il ne m ‘a pas fallu attendre de débarquer ici pour me poser ce genre de questions , mais c’ est comme si  j’ évoluais dans la pratique de ce que je n’ entends que trop depuis trop longtemps. 

Je me promène abasourdi dans les 2 rues animées  de la cité qui est resplendissante de couleur,  l’ architecture “neocowboyliale” me fascine, j’ ai l impression que je vais croiser Lucky Luke à chaque coin de rue, mais celui- ci aura du remplacer sa clope par un gobelet de Coca de MacDo, Jolly Jumper par un Toyota Hilux et son colt imposant le respect  par quelques pintes de bière dans le cornet. Eh oui ici , il faut boire plus vite que son ombre !!!

C’ est dans le parc de l’ office de tourisme que j’établirai  mes appartements, pratique et bien situe, l’ herbe y est,  de plus, accueillante pour les sardines de ma tente.
J’ aime le camping sauvage en centre ville, l’ inconvénient majeur étant le déménagement total qui doit avoir lieu avant le lever su soleil, sinon ……

Bon voila comment résumer mon bref passage à Broken Hills, qui n’ était que le début de mon exploration désertique des villes minières et des sites sacres aborigènes , 4000 kilomètres de désert … et  j’ en aurait bien pris une autre part.

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