Transsibérien!!!

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A minuit, sur le quai d’une des gare de Moscou, au moment du contrôle des passeports, avant de monter dans le train 240 pour Vladivostok, Rutch et moi on n’en menait pas large, fatigués de cette journée d’errance entre Auchan et Décathlon, pour s’approvisionner en nourriture et quelques 3 lites de vodka et 5 litres de bières, pour parcourir un huitième de la planète dans ce bunker roulant il nous faudra bien ça. On se dit que ça nous aidera à tisser des liens avec nos voisins.

Les ennuis commencent avec la « provodnitsa » (hôtesse de train) on la sent hostile à nos têtes de Français. Ne comprenant pas bien notre numéro de « planche », évidemment on se trompe. Avec nos gros sacs, on gêne tout le monde. Avec l’heure tardive, tout le monde y compris nous, est énervé, la chaleur et l’étroitesse, de ce qui nous servira de prison pour les 4 prochains jours, aidant. La tension monte et je me demande vraiment ce que je suis venu foutre ici. Un jeune d’Azerbaïdjan parlant un très bon français vient à notre secours. Il nous montre nos lits et nous explique comment mettre les draps, ce qui à ce moment me paraissait être un exploit. Après ça, il m’offre un coca que l’on est obligé de boire debout parce que le bar du train est fermé. Il me raconte qu’il est étudiant en économie à la Sorbonne. Soudain interrompus par l’hôtesse, un bref échange tendu entre Slama et la tigresse. Il me traduit: « elle ne veut que l’on parle ni français ni anglais, on est en Russie ici » OK, il était justement en train de me parler du racisme primaire qui anime les consciences locales. Mais il parait que c’est pire dans l’est. Il m’apprend également que la politique russe envers ses anciens pays occupés, les pays sud Caucasiens (Kazakhstan, Kurdistan, Azerbaïdjan….) est exactement la même que celle de la France envers ses anciennes colonies. Possession de leur richesse, immigration de masse afin d’avoir de la main d’œuvre pas chère, difficulté d’intégration, culpabilisation des ses « étrangers » …. Et le racisme identique qui en découle.

Je pars me coucher, épuisé, sur la planche qui me sert de lit, à 1,50m du sol. Je ne peux pas m’asseoir et me cogne la tête en essayant de trouver une position pour lire (moi, 1,56m ,50 kilos). A ce moment je pense à Rutch (1 ,80m) qui ne peut pas s’allonger… Pourtant, on passe tout 2 une nuit excellente et on se réveille en pleine forme. Le train s’arrête une vingtaine de minute dans une gare inconnue, l’occasion de se dégourdir les jambes. Des mamies vendent des patates bouillies et des beignets. L’une d’elle me prend à parti et me passe un savon parce que je n’ai besoin de rien. 5 minutes d’esclandre en russe où je ne comprends évidemment pas un mot. Mon humeur est d’acier, je lui souris simplement. Les heures passent. De temps en temps le train s’arrête, des passagers descendent, d’autres montent. Le train fait plusieurs arrêts par jour, mais seulement 3 où l’on est autorisé à descendre de 20 à 40 minutes. Lecture, apprentissage du russe, sourire à la voisine, sieste. Le train file à travers la Sibérie occidentale, le paysage des boulots, des champs, ah tiens des boulots, oui mais sibériens. Ah ben alors. Notre hôtesse, toujours hostile, nous engueule tout le temps, mais on sent qu’elle n’est pas mauvaise au fond, ça devient donc vite un jeu. Un jeune du Kurdistan Slama, monte et prend place en face de moi. Il parle anglais, me donne des cours de russe, la jolie voisine, Anastasia, se joint à nous. On fait connaissance en jouant à un jeu russe où je ne comprends rien, mais je gagne tout le temps. Un gars bourré qui nous a rejoint est vert de colère de perdre contre un Français. Il me montre sa gorge du doigt à plusieurs reprises, en me baragouinant des choses incompréhensibles. Ce signe veut dire: je vais te saouler. Ici l’alcool est une manière de mesurer sa virilité, il perd au jeu, il veut gagner sur ce terrain. Je ne lui en laisserai pas la chance. Rutch relève le défi. Déjà bien attaqué, le colosse tombera dans les minutes qui suivent, en se vautrant sur son lit laissant dépasser ses pieds au milieu du passage ce qui gênera tout le monde. Quelques heures plus tard, une odeur d’entrailles se dégagera de sa place, ce qui ne l’empêchera de continuer à ronfler. Tour de magie, manip de carte, mes essais feront rire les voisins. L’ambiance se déride. Je m’y sens bien dans ce train. A un arrêt, Rutch achète une bouteille de 3 litres de bière, l’hôtesse voyant ça veut l’interdire de monter à bord, s’ensuit alors une chamaillerie sur le quai, digne d’ami de toujours. On savait bien qu’elle nous aimait celle-là. Je suis tranquillement installé au bar, sirotant une bière fraîche, en train d’écrire, la grosse brute s’installe en face de moi, achète une bouteille de vodka, demande 2 verres. Je lui dit que je n’en boirai pas. Il me désigne sa gorge de son index, encore une fois. Je n’y fais pas gaffe, plonge dans mes pensées, après quelques minutes je relève la tête, il recommence. Au final, il me fait vraiment pitié, mais je ne veux pas boire. Une sorte de ballon d’eau chaude, situé à l’entrée de chaque wagon permet de boire le thé, cuire les pâtes chinoises ou avoir de l’eau chaude pour la « douche », 2 toilettes dans chaque wagon, soit pour 54 personnes, rien de plus que les toilettes des vielles michelines françaises, à part un trou béant au sol qui permet pour les motivés d’improviser une douche avec une tasse ou une bouteille pour les mieux équipés. Voilà comment s’égrainent ces 98 heures de train. Lorsque l’on arrive à Irkustk, il est 14h40 à bord, 19h40 sur le quai. Les adieux sont chaleureux, des gens sont descendus nous dire au revoir, une photo, un dernier regard et le train repart emmenant à Vladivostok (5 000 km), bon nombre de passagers et nous laissant sur ce quai un peu amer. Quelle expérience! Ce train c’est l’occasion de voir une maquette des relations humaines, une mini société, des vieux, des bébés, des femmes seules, des familles, des jeunes. Ouzbek, russes, mongols, arméniens, kurdes…. On arrive, on connait personne, on s’en va en disant au revoir à la famille.

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