Un fuseau horaire et un parallèle!!!

Après une semaine chez Nicole et Sloma on prend la direction de Varsovie. Sloma a un concert là-bas et peut prendre 2 personnes avec leur sac. Rutch et Alex partiront avec lui tandis que Pauline et moi iront en stop. On aura à marcher quelques kilomètres sur de la route sablonneuse et désertique avant que quelqu’un daigne à s’arrêter. Ensuite ce sera l’enchainement jusqu’à destination. Notre dernier autostopable fera un détour de plus de 20 kilomètres pour nous déposer juste devant la porte du squat où nous devons rester. On arrivera même avant les autres qui ont eu quelques ennuis mécaniques.

Le squat ‘syrena’ est un immeuble situé en centre ville à quelques pas du Parlement. Environ 15 personnes y vivent depuis 1 année. A quelques mètres de là, un autre ancien bâtiment est squatté également, celui-ci sans électricité et une pression d’expulsion pèse dessus.. Un troisième, à l’extrémité ouest de la ville, est le plus vieux de Varsovie. Aménagé dans une sorte de bâtiment industriel désaffecté . Une dizaine de personnes y vivent et militent pour le droit au logement. Il y a quelques mois la ville a décidé de se réapproprier le site et donc d’expulser les « résidents », ce qui a engendré un mouvement populaire dans les rues de Varsovie. Artistes, politiques, étudiants, travailleurs… sont montés au créneau pour dénoncer ces injustices sociales. Ces lieux sont vides alors que tant sont sans toit. Les propriétaires avec l’appui des politiques en profitent pour faire spéculer les loyers.
Ces gens squattent de manière illégale ces lieux sinon inutiles, militent pour des idéaux anticapitalistes. En plus d’être des lieux ouverts à l’art et la culture, des initiatives sociales se créent telles la préparation d’une soupe populaire hebdomadaire, ou encore l’accueil des enfants issus de familles en difficulté et j’en passe. Les idées fusent, les crayons dessinent, la parole se prend et c’est cette image des squats qui a éclatée au grand public ces derniers mois. Contrairement à la pensée globale de bandes de jeunes anarchistes drogués qui régnait avant.
Bravo à vous.
Les habitants de ces lieux, sont souvent végan parfois même freegan, afin de participer au minimum à l’exploitation des animaux. (il faut dépenser 10 calories pour en produire 1 de viande). Les freegan vont même plus loin en ne consommant que ce qui est sorti du système monétaire comme les surplus, les poubelles des supermarchés ou l’autoproduction.
Voilà pour les squatteurs de Varsovie.

Je ne savais pas a quoi m’attendre de cette ville lorsque dimanche vers 11 heures je me suis aventuré dans ses rues. J’ai alors erré pendant des heures et pendant plusieurs kilomètres je n’ai pas senti une odeur de nourriture, pas croisé un marché, un bar animé ou même entendu de la musique. La ville était comme déserte et muette. De grands bâtiments gris, des rues linéaires aux trottoirs cassés, la pluie finissait de dessiner cet aspect glauque.
Puis je suis arrivé dans la vielle ville, entièrement détruite par les allemands avant l’arrivée des russes en 1945. Elle a été complétement refaite à l’identique au début des années 80. La réplique fut si bien réussie qu’elle a été inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Des bâtiments jaunes, verts ou roses autour d’une place gigantesque sur laquelle débouchent tout un tas de ruelles de types médiévales.

On est dimanche, il est 16 heures, la messe a lieu dans la cathédrale immense, mais apparemment pas assez car, malgré les cordes qui tombent il y a une quarantaine de personnes qui prient à genou sous leur parapluie sur son parvis… incroyable.
Un peu plus loin un guitariste et un djembéiste entonnent un chant qui sonne comme religieux. Hommes et femmes de tous âges commencent alors une ronde en tapant des mains. C’est dans ce genre de situation en voyage que je me sens privilégie, que je pense à vous, que je voudrais partager.

Après plusieurs heures de déambulations, je décide de manger un morceau, comme partout le kebab et la pizza sont les rois de la place, alors que la gastronomie polonaise est assez intéressante.

Retour au squat, je retrouve les autres et Sloma qui passait par là. Plusieurs personnes le connaissent, et donne même une interview. On a l’impression d’être avec Elvis Prestley mais qu’on ne sait pas qui il est. C’est marrant.
Le soir il joue dans un club de la ville, on était censé aller le voir, mais a Elbla (plus vieux squat en préavis d’expulsion, vous suivez?), ils organisent un concert où la tête d’affiche est un groupe de punk algérien. La curiosité fait pencher la balance dans cette direction.
Arrives là bas, on attend notre tour pour payer notre place. Devant nous, 2 gars un peu éméchés se verront refuser l’entrée. Surprenant…
Les 2 premiers groupes sont pour moi bruyants et bourrins. Du punk allemands et hongrois. Puis viennent les algériens, le seul groupe de punk de leur pays, ils sont en tournée dans toute l’Europe. 27 dates en 28 jours Oslo, Stockholm, Cracovie, Helsinki…. ça c’est du sport.
Tout ça pour pas un copec.
Imaginez les difficultés qu’ils ont dû rencontré pour monter et lancer un tel groupe dans une dictature islamique telle que l’Algérie. On aura l’occasion de discuter avec eux et franchement bravo aussi. Je n’aime pas ce genre de musique mais leur concert était sympa et ils ont plein de choses à dire comme par exemple « fuck all religions ». Ce qui peut paraitre un peu léger et super démago pour un européen issu d’une république laïque, mais imaginez ce que ça représente pour eux et leur famille… quand le lavage de cerveau commence au berceau.
Aussitôt le concert fini, la fête commence, la musique change radicalement. Spice girl, Magic System et tout un tas d autres dance-pop des années 90. Imaginez la scène: des punks blancs beurs sauter et chanter comme des gosses sur « you wanna be my lover », on était mort de rire et on s’est éclaté. C’est la « bomb plastic »et paf le goulot de la bouteille de vodka au fond de la gorge à Mimoune. Mythique.
On a dormi sur place après un dernier petit concerto funèbre, au piano, sous la pluie pour enterrer le manager du groupe qui a pris la cuite de sa vie.

Puis direction le nord, il nous faudra 2 jours pour rejoindre Godalp. Séparé en 2 groupes, on arrivera en même temps et nous nous retrouverons par hasard à quelques kilomètres de notre destination. Magie du voyage.
Rutch a fait équipe avec Po et moi avec Alex. On a vécu des expériences complétement différentes, Rutch et Pauline garderont une petite amertume après quelques petites galères, tandis que pour Alex et moi, tout a super bien marché, on s’est fait inviter à manger dans une famille, un gars a fait encore 40 kilomètres pour nous avancer…
On en conclura que faire du stop en Pologne revient à pêcher dans un aquarium.
Le soleil brille et on pique-nique en attendant Arthur et Kate qui viennent nous chercher pour nous emmener à l’endroit où ils prévoient de créer leur éco-village. C’est à 10 km de Godalp dont 2 sur voie sablonneuse que nous attend leur petite ruine. Il n’y habite pas encore mais le prévoit pour les prochaines semaines. Un puits, une connexion électrique, un poêle et un toit semblent suffire à leur confort et à celui de leurs 2 enfants de 4 et 3 ans.
Arthur est un informaticien, Kate est prof de yoga sans élève. Ils rêvent de créer leur éco-village. Ils ont acquéri ce lopin de terre au nom de la fondation qu’ils ont fondé. On y trouve une petite maison en ruine, une grande étable et des restes d’un troisième bâtiment. Leur démarche est de retaper ça et d’accueillir quiconque ayant les mêmes idées, à condition d’être végétarien, pour construire son habitat. Ils veulent dans un premier temps être indépendants pour la nourriture et l’éducation des enfants. Ensuite ils voudraient pouvoir l’être au niveau énergétique également.
Ils s’indignent du fait qu’aujourd’hui on puisse échanger la terre contre de l’argent, c’est nous qui appartenons à la terre, pas l’inverse.
On restera 2 jours et 3 nuits dans cette maison à camper dans le grenier, à puiser l’eau au puits, s’éclairer au téléphone portable (bougie des temps modernes). La vraie vie quoi.
Le seul hic, c’est qu’on n’a pas de douche et que ça fait près d’une semaine… Et puis on trouve un vieille baignoire, qui sert à rien. On l’installe dehors, met le feu dessous et voilà un Onsen artisanal (avant goût du Japon). Quel bonheur de prendre son bain brûlant dans le froid sous la pluie.
Pour participer aux travaux on pelle-tente et on brouette 3 tonnes d’argile destiné à construire un poêle, puis les cantonniers sans frontières (voir texte précédent qui suivra) frapperont de nouveau et boucheront les trous de leur « route »

Pour se rendre a Vilnius, on décide de prendre le bus, seulement, arrivés à la gare, on s’aperçoit qu’il n’y en a qu’un par jour et qu’il est à 2 heures….. du matin. Le stop s’impose.
On tombera sur un Lituanien revenant d’Irlande avec la voiture qu’il a acheté là-bas dans le but de la revendre dans son pays. Il fait ça 3-4 fois dans le mois et ça lui permet de vivre très bien. Il nous prendra tous les 4 à conditions de fortes contorsions de nos corps et de nos sacs à dos.
C’est ainsi qu’on quitte la Pologne et ses 27 millions d’habitants (Varsovie 2 millions) et qu’on passe notre premier fuseau horaire, on change nos sloty (1 euro 4,15 slt) en letas (1 euro 3,40 lts) pour débarquer en Lituanie et ses 3 millions d habitants,
mais pas pour longtemps….

https://www.facebook.com/media/set/?set=a.417702081575941.106084.334038009942349&type=1&l=9e7e056fe7Image

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